Suspension – Fiction #04

Suspension

La tour de votre ennemi a été détruite.

– Putain. T’es encore occupé sur ce jeu ? Tu ne sais donc faire que cela de tes journées ?

Il ne répond pas. Il n’a pas envie de lui répondre.

Vous avez tué un ennemi.

Elle allume son propre ordinateur (portable) derrière lui, sur la table basse, en commentant à voix basse. Il sait très bien ce qu’elle pense. Qu’il n’est qu’un raté. Pas foutu de se trouver du taf. Qu’il se laisse aller et qu’il a pris du poids. Surtout du cul.

Un allié a détruit une tour ennemie.

Ne pas lâcher sa concentration. Elle entend la partie. S’il se relâche, elle va encore lui faire une remarque.

Vous avez été tué. Dit la voix désincarnée, déçue.

Et merde.

Elle ricane.

– Même pas foutu de rester en vie, même sur un jeu vidéo. T’es naze.

Il ferme les yeux et inspire profondément.

Ce n’est rien. Ce n’est qu’un jeu. Ce n’est pas important. Il n’est pas un naze.

Au coin inférieur droit de son écran, il voit une notification de MP Discord apparaître. C’est Mime, l’un de ses amis de jeux.

Son Champion réapparaît au point de spawn. Il ira voir le message plus tard.

Derrière, Andréa allume la télévision. Le jingle annonce le début du discours du Président. Edmond relâche quelques instants sa concentration pour écouter. Il est plein d’espoir d’entendre la date de la fin du confinement. Car, confinement terminé, retour à la liberté. Et il pourra partir, partir voir Manon. Revoir Manon. Dire “je t’aime” à Manon. Et vivre avec elle, comme elle le lui avait proposé.

Vous avez été tué.

Rien à foutre.

Il se retourne et regarde l’homme de la télévision droit dans les yeux.

Vas-y, dis-moi qu’on peut sortir !

Les paroles pré-écrites tombent comme des pierres sur le crâne d’Edmond. La crise sanitaire est prolongée d’un mois. Andréa peste. Contre tout ce qui l’entoure, contre la télévision, contre son portable qui est trop lent, contre Edmond. Comme d’habitude.

Lui, il se retourne face à son écran d’ordinateur et regarde le mot “défaite” rouge trônant au milieu de l’écran de jeu.

Il soupire.

Après avoir quitté son jeu, il ouvre la fenêtre de messagerie Discord pour voir le message de Mime. Et, au passage, il jette une œillade sur le pseudo “Retsuko”, le pseudo de Manon.

MIME Aujourd’hui à 19h45

– MEC !

FOG Aujourd’hui à 20h45

– Salut

MIME Aujourd’hui à 20h46

– Tu foires mec !

FOG Aujourd’hui à 20h46

– Quoi ?

MIME Aujourd’hui à 20h47

– Tu foires mec ! Retsuko, elle t’en veut.

Ouais, ça il le savait. Voilà bien deux semaines qu’elle lui avait envoyé un message lui souhaitant d’être heureux avec sa “copine” et qu’elle le laissait tranquille. Quelle blague. Il ne désirait qu’une chose : se barrer d’ici. Partir et parcourir les quelque 800 km qui le séparaient de Manon et vivre, enfin ! Plus survivre, vivre !. Il n’avait aucune idée de ce qu’il avait bien pu faire pour qu’elle le laisse tomber.

FOG Aujourd’hui à 20h50

– J’ai cru comprendre ouais, seulement, je ne sais pas ce que j’ai fait pour.

MIME Aujourd’hui à 20h51

– Mec, c’est évident, non ? T’as foiré sur toute la ligne

FOG Aujourd’hui à 20h52

– Merci…

MIME Aujourd’hui à 20h55

– J’veux dire. C’est de manière totalement générale. T’as vu combien de temps tu passes sans faire acte de présence dans un channel ? Et nos groupes de conversation ? T’y passes pas du tout. Faut venir nous-même te lécher la bite pour que tu daignes nous faire un “salut”?

Edmond ricane devant ce dernier message. L’image le fait rire.

FOG Aujourd’hui à 21h

– Tu veux essayer ? 😛

MIME Aujourd’hui à 21h05

– Je suis convaincu que tu préférerais que ça soit Restuko qui le fasse. Obsédé /°

Edmond sourit. Oui. Franchement oui, il ne dirait pas non.

_ Mais putaiiiin ! Il va fonctionner ce foutu site ?!

Edmond soupira. Il aurait dix mille fois préféré être confiné ailleurs. Genre, auprès de Manon. Alors pourquoi ne l’avait-il pas fait ? Il jeta un coup d’œil au-dessus de son épaule et vit Andréa pester sur l’écran de son ordinateur. Maltraitant sa touche F5 dans l’espoir que cela rafraîchisse sa page internet, plus rapidement. Pourquoi n’était-il pas parti se confiner auprès de Manon ? Parce qu’il avait voulu mettre fin convenablement à son histoire de couple. Seulement, cela ne s’était pas passé comme il l’avait prévu.

Le scénario qu’il s’était fait dans sa tête ressemblait, à s’y méprendre, à un film hollywoodien. Il aurait fait s’asseoir Andréa à la table de la cuisine, lui aurait servi une tasse de thé, se serait installé en face d’elle et lui aurait dit qu’entre eux c’était terminé, qu’il partait le soir même. Elle aurait pleuré, sûrement, aurait supplié, certainement. Mais, il lui aurait dit qu’elle n’avait rien à se reprocher, qu’entre eux, cela avait été super et qu’il ne regrettait rien. Ensuite, il aurait pris sa valise et aurait refermé la porte après avoir jeté un dernier regard sur la femme qu’il avait aimée.

Ouais. Seulement, la vie n’est pas un film américain bourré de clichés.

Le soir de l’annonce du confinement, il avait rejoint Andréa dans le salon où elle venait d’allumer la télé sur le discours du président. Au moment où il voulait lui annoncer sa décision, elle lui avait ordonné de se taire et l’autre avait entamé son annonce. Et quand enfin, elle lui avait laissé la parole, elle s’était ouvertement moqué de lui.

_ Et où tu crois aller ? T’es confiné ici avec moi pour les prochains mois à venir. Elle est pas belle la vie ?

Non. C’est pas beau. C’est même très laid en ce moment. Les hôpitaux sont bondés, les protections pour le personnel médical manquent et interdiction de sortir malgré le beau temps. Et le comble, c’est que quand il avait demandé aux policiers s’il était possible pour lui de changer de lieu de confinement, on lui avait ri au nez.

_« Baisez-la votre copine, lui avait rétorqué l’homme au standard, elle sera moins pénible après avoir été bourrinée. »

La réponse avait tellement abasourdi Edmond qu’il n’avait pas tout de suite remarqué que son correspondant avait raccroché directement après.

Edmond soupira pendant que, derrière lui, Andréa montrait l’étendue de son registre d’insultes et de jurons à l’égard de son matériel informatique.

MIME Aujourd’hui à 21h20

– Bref, mec. S’passe quoi avec ta renarde ?

FOG Aujourd’hui à 21h22

– Dans l’anime Retsuko est un panda roux, pas un renard

MIME Aujourd’hui à 21h23

– C’est un détail ça, on s’en fiche. Ce qui est important, c’est que t’es occupé de la perdre ta rouquine.

Edmond soupira bruyamment.

Il ne comprenait pas. Personne ne comprenait la situation dans laquelle il était. Personne ne voulait comprendre. Il était bloqué. Et il ne trouvait pas d’échappatoire, autre que les jeux vidéos. À aucun autre moment, il ne pouvait avoir un moment à lui dans ce minuscule appartement assez grand pour abriter une personne, alors que cela faisait 5 ans qu’ils y étaient à deux. Son “chez lui” ressemblait beaucoup plus à une chambre d’étudiant qu’à un appart pour jeune couple. Au début, ils y étaient bien. Mais sa relation avec Andréa se dégradant, cela devenait invivable. Hormis les toilettes, il n’y avait aucune pièce permettant d’avoir un peu d’intimité. Leur espace chambre se trouvait dans le salon, juste derrière la bibliothèque, qui servait également de tête de lit.

La seule chose qu’il pouvait faire, c’est d’attendre la fin du confinement. Une fois la liberté retrouvée, il partirait pour de bon. Laissant derrière lui une relation au point mort, il irait se faire pardonner auprès de Manon.

FOG Aujourd’hui à 21h40

– Je me ferai pardonner. Tkt.

MIME Aujourd’hui à 21h41

– Mh ? Et comment ? Quand ?

FOG Aujourd’hui à 21h50

– J’irai la voir, chez elle, à la fin du confinement

MIME Aujourd’hui à 21h52

– Mec, putain. T’es pas sérieux ? Tu vas LA FAIRE ATTENDRE encore 2 mois ?!

FOG Aujourd’hui à 22h

– C’est le mieux que je puisse faire

MIME Aujourd’hui à 22h05

– Non. Le mieux que tu puisses faire, c’est de te foutre de ce qui t’entoure chez toi si ce n’est pas plus important que la relation que tu as avec Retsu. Le silence que tu mets entre vous deux depuis un mois, ça détruit ce que vous avez commencé à construire et qui était beau, putain ! T’envoie péter la rageuse qui est sous ton toit et tu appelles ta presque nana !

Edmond soupira une nouvelle fois et ferma son application Discord. Il en avait marre de tous ces gens qui pensaient mieux savoir que lui ce qu’il avait à faire. Sa décision était prise, tant qu’il était coincé ici, il ne jouerait pas au héros de film romantique en allant s’expliquer sur le pourquoi du comment. Il agirait en tant que personne normale, et irait voir Manon à la fin du confinement, chez elle. Et il lui dirait tout en face à face. Là, elle comprendrait. Elle comprenait toujours. Elle comprendrait qu’il n’avait pas eu le choix d’agir ainsi, qu’il avait été bloqué. Ensuite, ils pourraient reprendre leur relation là où il l’avait laissée avant le confinement. Là où ils auraient pu démarrer un nouveau chapitre de leur vie avant que n’apparaisse ce virus.

FUS RO DAH !

Nouvelle semaine. Nouvelle plongée dans un jeu.

Des cernes ternissaient son regard clair. Quand il les regardait dans le miroir, il se disait de manière cynique que cela mettait ses yeux en valeur, qu’il était beau gosse. D’ailleurs, Andréa ne manquait pas de le lui faire remarquer quand elle prenait la peine de le regarder pour lui dire bonjour.

Ding.

Nouvelle notification sonore. Encore un message sur Discord. Sûrement encore Mime ou alors Zéphir. Lui aussi s’était cru bon moralisateur face à sa situation. Qu’il s’occupe de ses soirées-séries avant de parler des occupations des autres durant un confinement. Et ensuite, il y aurait peut-être moyen de discuter. Parce qu’entre 14h de série Netflix et 14h de jeu vidéo, Edmond ne voyait pas où était la différence entre eux.

Edmond se concentra en remarquant plus loin sur son écran un géant. Il n’avait aucune envie de finir par voler dans les airs avec un coup de massue mal placé. Rien que l’idée lui mettait déjà la célèbre musique, Shooting Stars, en tête

Ding. Ding. Ding.

Edmond soupira. C’est qu’ils insistaient ces cons !

Exaspéré par tant de notifications, Edmond perdit sa concentration et arriva ce qu’il redoutait : son personnage est mort de la plus ridicule des façons. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et fut soulagé de voir qu’Andréa était concentrée sur son anime pour ne pas soulever cette défaite.

Il ouvrit son application Discord et remarqua qu’il ne s’agissait d’aucune des personnes qu’il pensait. C’était une connaissance de RP. Un sourire se dessina sur ses lèvres et il ouvrit les messages privés… Il le perdit bien vite en prenant connaissance de son contenu.

PAPERPLANE Aujourd’hui à 14h48

– Eh ben, eh ben. C’est quoi ces bruits de couloir ? Il parait que le champs est libre du côté de Retsuko ? Monsieur “Touchez pas à ma Retsu” l’a laissée tomber ? Ça en valait la peine de grogner comme un chihuahua devant chaque type qui se frottait à elle dans les jeux en ligne. LOL

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h03

– Tu ne vois aucun inconvénient à ce que je récupère les restes, hein ? ^^

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h10

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h11

– Sans rancune, hein ? MDR

Son sang ne fit qu’un tour. Edmond prit une profonde inspiration alors qu’il sentit une chaleur prendre possession de son visage et son estomac, être piqué par un millier d’aiguilles. Avec frénésie (et un grognement de protestation d’Andréa), il tapa un message sur son clavier :

FOG Aujourd’hui à 15h16

– C’est quoi ces conneries ?! Qu’est-ce que tu racontes ?

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h16

– Salut docteur séduction XD

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h17

– Ces “conneries”, comme tu le dis, c’est la dernière nouvelle qui a ébranlé tout le serveur (enfin, ceux qui ont connu Retsuko in game) et de sa bouche.

FOG Aujourd’hui à 15h20

– Elle a dit que je l’ai laissé tomber ?

FOG Aujourd’hui à 15h21

– C’est des conneries

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h22

– Tu insinues donc que Retsu invente des histoires pour se faire voir ?

FOG Aujourd’hui à 15h23

– Non. Ce n’est pas ce que j’ai dit

FOG Aujourd’hui à 15h23

– Ce que je veux dire, c’est que je ne l’ai pas laissé tomber.

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h24

– Ah. Donc, c’est faux que tu ne lui parles plus depuis un mois ?

Edmond marqua une pause avant de finalement répondre :

FOG Aujourd’hui à 15h31

– Non… ça c’est vrai

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h32

– Alors tu expliques cela comment, à part que tu l’as vraiment laissée en plan ?

FOG Aujourd’hui à 15h32

– C’est compliqué…

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h33

– LOL. C’est ce que tous les couples en friche disent quand ils sont sur le point de rompre. Il existe même un statut Facebook pour cela ! XD

FOG Aujourd’hui à 15h34

– On n’a pas rompu

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h36

– Ouais, il parait ça… Que tu te tapais ET Retsuko ET ta copine, chez qui tu vis encore.

PAPERPLANE Aujourd’hui à 15h36

– Les deux en même temps.

À la lecture de ce message, Edmond fit l’expérience de sentir son sang faire un demi-tour à 180°C, son cœur rater un battement, sa colère monter très haut pour redescendre rapidement en piquet, comme s’il s’agissait de l’attraction « La Tour de la Terreur ».

FOG Aujourd’hui à 15h44

– Quoi ?

FOG Aujourd’hui à 15h46

– C’est elle qui a dit ça ?

Edmond n’arrivait pas à croire que Manon ai pu croire (et répéter) ça à qui voulait l’entendre. Faire croire qu’il avait profité d’elle.

Comme Paperplan ne répondait pas, il attrapa son téléphone et envoya un texto à Manon.

Edmond à 15h55

– C’est quoi ces mensonges que tu inventes sur nous ?

Edmond à 15h56

– Tu me fais passer pour un connard pour te venger ?

Edmond à 15h56

– Alors ? Ça te fait plaisir ? Tu es contente ?

Manon ❤ à 15h58

– Wouaw. Après un mois de silence, Le Grand Edmond daigne m’honorer d’une parole. Je suis indigne d’un tel présent, votre Honneur.

Manon ❤ à 16h02

– Surtout si Le Comte m’anoblit du titre de Menteuse sans me montrer mes terres.

Edmond à 16h05

– Ça va les envolées lyriques. On a tous compris que tu voulais devenir scénariste.

Edmond à 16h06

– Trop de phrases dans tes textes

Edmond à 16h07

– C’est trop long. Chiant à lire. On s’ennuie à mourir.

Manon ❤ à 16h14

– Et donc. Que me vaut tes questions ?

Edmond à 16h15

– Cette magnifique réputation de connard que tu balances sur moi à tout le serveur !

Manon à 16h18

– Même si je t’en veux de m’avoir isolée, je ne t’ai pas traité de connard devant les autres.

Edmond à 16h18

– Mais tu as été dire que je t’ai laissé tomber !

Manon à 16h19

– Parce que c’est la vérité.

Edmond à 16h19

– Comment j’aurai pu te laisser tomber ?

Edmond à 16h20

– On n’a jamais été ensemble !

Manon à 16h20

– …

Edmond à 16h20

– Et on ne le sera jamais !!

Edmond inspira intensément et profondément, ivre de colère, de rage et de rancune. Il se sentait trahi et profondément blessé. Il resta plusieurs minutes à observer l’écran de son smartphone, attendant de recevoir la réponse de Manon, qui ne saurait tarder. Manon répondait toujours rapidement à ses messages.

Ding.

Une notification Discord.

Il leva à peine les yeux. Il était trop concentré sur l’attente d’une réponse de Manon.

Autant de délai devait annoncer un sacré long message.

Ding.

Edmond grogna et leva les yeux vers l’écran de son ordinateur et vit que Paperplan lui avait répondu :

PAPERPLANE Aujourd’hui à 16h45

– Re. Désolé, coup de téléphone.

PAPERPLANE Aujourd’hui à 16h46

– Nope. Ce n’est pas elle qui dit ça. Elle t’aime trop (encore) pour dire des choses ainsi sur ton compte. Nah, c’est Andromède qui dit ça.

Andromède. Ce charo qui ne pouvait s’empêcher de jouer le joli cœur/prince charmant à chaque fois qu’il entendait la voix d’une joueuse. Ce type qui avait déjà essayé d’avoir Retsuko par deux fois. Et ce juste, sous son nez alors qu’il commençait tout juste à accepter ses propres sentiments pour Manon.

PAPERPLANE Aujourd’hui à 16h50

– Ça me tue de le dire, mais malgré le vent que tu lui a mis, à Retsu (d’ailleurs, je comprends toujours pas) elle reste complètement à fond sur toi.

Pas après ce que je viens de lui dire…

Edmond baissa les yeux et regarda, sans le voir, le dernier message de sa conversation avec Manon.

On n’a jamais été ensemble

Et on ne le sera jamais !!

_ Non…

Edmond se passa la main sur le visage.

_ Qu’est-ce que j’ai fait ? Murmura-t-il

Edmond à 17h15

– Manon ?

Edmond à 17h20

– Manon, excuse moi

Edmond à 17h21

– Je ne voulais pas dire ça

Edmond envoya encore une bonne dizaine de messages, sans recevoir de réponse.

Après une bonne demi-heure à taper sur son écran tactile, après qu’Andréa ai râlé quatre fois pour qu’il arrête, il se décida à appeler Manon, tout en faisant les cent pas dans son appartement. Tout cela, sous le regard d’Andréa, qui hésitait entre prendre une mine renfrognée ou inquiète.

-”Vous êtes bien sur la messagerie Orange de … “Manon Durieux” … Veuillez laisser un message après le signal sonore.

Edmond resta un instant sans bouger, ni parler. Aucune tonalité n’avait résonné alors qu’il s’agissait de sa première tentative.

S’il devait estimer le nombre de ses tentatives, il parierait un gros chèque sur le chiffre 30. Mais aucune de ses tentatives n’avait fonctionné.

Edmond resta un instant immobile face à son écran d’ordinateur. Les doigts les uns contre les autres au niveau de sa bouche s’entrechoquaient entre eux dans un léger mouvement pensif. Les prix pour les transports étaient vraiment exorbitants… Et peu nombreux. En même temps, cela ne l’étonnait guère. Voilà seulement deux jours que tout le pays pouvait enfin se déplacer où il voulait sur le territoire. Plus de 60 jours de confinement, plus un protocole de déconfinement progressif, l’empêchant de partir dans le sud comme il l’avait espéré le 11 mai. À partir de demain, il pourrait enfin se déplacer. Pas vraiment à sa guise, il risquait de s’endetter avec ses billets de transports et de possibles contraventions.

Derrière lui, Andréa pestait – encore – contre des chaussettes sales qui traînaient dans le salon. Edmond n’y fit pas attention, il savait très bien que les chaussettes en question ne lui appartenaient pas, son ex cherchait juste une raison de râler sur lui. Même si le mot “rupture” avait été prononcé il y a deux semaines, et assez violemment, il devait bien l’avouer, elle lui en voulait toujours et faisait preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve. Sans plus faire attention à elle, Edmond prit sa carte bancaire et se connecta à sa banque. Il se pinça les lèvres, il n’avait plus assez pour se payer son ticket de transport jusque Nîmes.

Il soupira puis modifia sa recherche pour voir ce qu’il pouvait se permettre avec le reste de ses économies. Quitte à faire le reste du chemin à pied, il était déterminé à aller dans le sud pour parler à Manon.

Alors qu’il pensait avoir trouver un itinéraire acceptable, il fut déconcentré par des textos venant de Mime :

Mime à 15h02

– Salut mon pote. Qu’est ce que tu deviens ?

Edmond à 15h03

– Salut. Je suis occupé de voir pour partir dans le sud

Mime à 15h05

– Dans le sud ? Mais qu’est-ce que tu vas y foutre ?

Edmond à 15h07

– Voir Manon. Je prends un train de chez moi jusque Lyon puis je fais le reste à pied.

Edmond reposa son téléphone, ignorant les prochains messages et s’empressa de payer son billet pour Lyon. Le reste du trajet sera long à pied, mais il s’en fichait. Ces quatre mois sans Manon l’avaient convaincu d’une chose : qu’importe ce qu’il arrive, il ira jusqu’à elle.

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